« Le Covid-19 est une maladie des nantis », murmurent les habitants de Masina

Article : « Le Covid-19 est une maladie des nantis », murmurent les habitants de Masina
22 mai 2020

« Le Covid-19 est une maladie des nantis », murmurent les habitants de Masina

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Photo by Emmanuel via Iwaria

J’ai pris le temps de lire tout ce que les gens écrivent sur le Covid-19 dans leur contrée. Moi dans la commune de Masina, le virus a jusque-là pitié de nous. Par ailleurs, il est abasourdissant d’observer que la population méprise les règles préventives prescrites contre ce fléau. « Les mesures barrières ne sont pas faites pour nous », confie un habitant de cette périphérie de Kinshasa.

Néanmoins, les avis des experts restent les mêmes : « Nul n’est immunisé contre le Covid-19 ». Et tout un chacun doit se protéger. L’application des gestes barrières soutenus par l’OMS est de rigueur.

Les mesures barrières contre le Covid-19 relativisées

Nous étions heureux que le Président ait pris des initiatives responsables enfin de limiter la propagation du virus. Par exemple, le nombre des clients dans les bus et taxis bus doit être réduit.

Les motocyclistes, appelés communément « Wewas », et les chauffeurs de taxis respectent à leur manière ce mot d’ordre de distanciation sociale. Pendant les heures de pointes, ils imposent le nombre des passagers, allant à l’encontre des dispositions légales. Du coup, les policiers du coin en ont fait leur gagne pain. L’amende se négocie entre 10 à 20 mille FC.

Au marché de la liberté, bien que fermé pour les activités autres que celles liées à l’alimentaire, qu’on ne vous trompe pas, tout se vend et tout s’achète. Les négociants sont devant chaque magasin. Une fois les tractations terminées, la marchandise est livrée dans la plus haute discrétion.

Les terrains de football sont frappés par la mesure liée à l’État d’urgence sanitaire. Les jeunes transforment désormais la voie publique en stade de fortune. D’autres, manquant à faire suite à la suspension des cours, s’adonnent à la pratique des jeux vidéos. En dépit de tout, ils s’entassent dans des salles de jeux, ne respectant pas la distanciation sociale. Ils suent comme les bœufs et se partagent les gouttelettes (sources de transmission du Covid-19) à volonté. Tout se passe dans un décor de stade. Vraiment le virus a pitié de nous.

Les paris sportifs étant aux arrêts, il fallait peut-être créer un tournoi national de jeu de dames. C’est la détente du moment. Sous les manguiers, en petites culottes, un poste radio sous la table, les journées s’écoulent comme si rien n’était.

Le port obligatoire de masque n’est qu’une illusion. Généralement, on porte pour éviter l’amende. Par contre, d’autres placent ce cache-nez au menton pour dissuader l’attention. Les agents de police censés garantir l’ordre et prêcher par l’exemple, discutent en gorge déployée. Ils ne tiennent pas compte de la distanciation sociale.

Pendant que les boutiques et les pharmacies fonctionnent normalement, les bars et terrasses restent fermés. Mais les plus malins utilisent le système actuel, le « levier de vitesse ». Un verre ou une bouteille sous la chaise et ça passe.

A Tshangu, personne n’a peur du Covid-19. « C’est la maladie des nantis », avancent certains habitants de cette partie populaire de la ville de Kinshasa. Pour eux, le fait que seule la société des élites est jusque-là affectée suffit à prouver qu’il n’y a pas virus chez nous.

L’origine du doute sur la dangerosité de la Covid-19

Le confinement de la seule commune de Gombe afin d’éviter l’asphyxie de la population kinoise serait à la base de ce pessimisme. Or, selon le comité de riposte, les malades de Covid-19 viennent de partout, de toutes les communes. Et aujourd’hui de toutes les provinces.

D’ailleurs, le coordinateur de l’équipe de riposte, le Dr Muyembe, a confirmé qu’il n’y avait plus de virus importé. Nous vivons maintenant la contagion locale. Cette phase ne concerne pas que les voyageurs, ou les riches, mais tous.

D’un autre côté, plusieurs rumeurs, alimentées par certains leaders d’opinion, soutiennent que le ministère de la Santé se serait lancé dans le monnayage des certificats de décès dans des morgues de la ville. Ceci afin de justifier l’argent perçu. Une raison de plus pour cette population lambda de douter.

A l’heure actuelle, le comité de riposte contre le coronavirus au Congo fait état d’un cumul d’environ 1945 cas confirmés et 63 décès.

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